Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), 770623/86, Courrier du Ministre du Commerce, de la Reconstruction et de l'Urbanisme au ministre des Affaires étrangères, 3 juillet 1947. Cela n’en reste pas moins des cas isolés. (…) A [la mémoire] revient le soin de remonter le temps en dedans, de rattraper l’arriéré, d’invoquer l’héritage d’un paganisme imperturbable. Existe-t-il un point commun entre la vareuse impeccable et chamarre des photos de studio des permissionnaires du temps de paix et celle difforme et terne des interminables colonnes de prisonniers de la fin de guerre En regardant les innombrables photographies de soldatsde la Wehrmacht Heer prises entre 1935 et la dfaite de 1945, on peut raisonnablement se poser la question. Il est plus difficile d’estimer le nombre d’engagés et au-delà, de mesurer l’efficacité de cette campagne de recrutement. En dépit de la dangerosité de leur tâche, les prisonniers démineurs ne semblent pas jouir de meilleures conditions matérielles que celles des prisonniers affectés aux travaux non dangereux. Par conséquent, l’épisode historique des PGA avait d’autant moins sa place au sein d’une mémoire collective française structurée par l’identité républicaine. Les relations étaient donc confiantes et le travail était partagé en bonne intelligence. Il a préféré rester en France, où nous nous sommes mariés. Dans une certaine mesure, leur présence est vitale à l’économie. Cet ancien PG garde notamment le souvenir d’un ingénieur qui avait collaboré, durant la guerre, au projet Todt. Dans un registre moins radical, en août 1945, un officier allemand déclare à un civil français qu’il ne se sent en rien responsable de la guerre et de ses conséquences[336]. P. Boutté, E. Briend et O. Gilles, art. Ce plan Rights Managed de haute qualité SD sur Blessé / Soldat Allemand / Tchéchie / 1945 est prêt pour l'octroi de licences et téléchargement. Du reste, ces Allemands n’auraient peut-être pas connu des conditions matérielles plus satisfaisantes dans leur propre pays, pays dont les villes avaient été, pour beaucoup, réduites à l’état de ruines. Ainsi, en juillet 1945, le commissaire de la République de Lille se plaint à son ministre qu’un inspecteur du Comité international de la Croix-Rouge s’est permis d’examiner la comptabilité d’un camp et d’offrir directement aux prisonniers des boites de lait concentré[330]. Selon lui, les prisonniers rencontrés ou côtoyés resteraient profondément antisémites, attachés au mythe de la « race aryenne ». Surtout, l’auteur souligne que ce serait un excellent moyen de faire changer les mentalités allemandes et ainsi de préparer ce que pourrait être les futures et nouvelles relations franco-allemandes. En dépit de l’apport économique considérable du travail de ces hommes et de son possible impact culturel (durant quatre années, Allemands et Français eurent à se côtoyer, notamment dans les campagnes françaises, dans le cadre de rapports professionnels), l’épisode de la détention des prisonniers de guerre allemands semble avoir été oublié des mémoires collectives française et allemande. Néanmoins, les débuts de la quatrième république vont de pair avec une stabilisation de la vie politique, et cela en dépit de la fin du tripartisme politique qui laisse craindre, un temps et à quelques-uns, une guerre civile. Des faits précédemment exposés dans cet article se dessinent quelques grandes lignes historiques. Mais c’est surtout par l’intermédiaire de la presse communiste locale que l’hostilité à l’égard des prisonniers allemands se fait le plus sentir : le journal Liberté s’élève régulièrement contre le laxisme supposé des autorités[152]. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), Côte 770623/85, Courrier du ministre du Travail aux préfets, inspecteurs divisionnaires du travail et de la main-d’œuvre, directeurs départementaux du travail et la main-d’œuvre, « Transmission à l'Administration Centrale de certains dossiers rejetés par la Commission de criblage », 8 novembre 1947. À cette catégorie des PG les plus défavorisés, on peut aussi rajouter les PG qui durent travailler en 1945 et 1946 pour l’armée ainsi que ceux affectés de manière permanente à l’administration des dépôts. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), Côte 770623/86, Note du ministère des affaires étrangères, « Télégramme de Londres (M. Dondelinger) », 24 juin 1947. Le général Buisson l’explique entre autres choses par le fait qu’un certain nombre de dérogations ont été accordées aux employeurs. Identité collective et mémoire collective d’une communauté n’en restent pas moins deux notions consubstantielles. Néanmoins, cette amélioration peut aussi s’expliquer par la rétrocession d’un certain nombre d’Allemands aux autorités américaines, un « délestage » évoqué ci-après. Il continua à le maltraiter jusqu’à notre arrivée dans le camp de Rennes où il reçut seulement les premiers soins par le médecin allemand du camp. Quoi qu’il en soit, au cours de la période 1943-1948 on estime que 1 037 000 prisonniers de guerre – à 90 % allemands – sont passés en mains françaises. Surtout, il n’était peut-être pas dans l’intérêt de l’armée et de la France de dénombrer précisément les prisonniers en 1945 car c’était en même temps se risquer à dénombrer le nombre de prisonniers décédés, un nombre possiblement difficile à justifier par les autorités. cit., Archives nationales contemporaines de Fontainebleau – cote 770623/85, Note du ministre de la Défense nationale, « Situation de la main-d’œuvre prisonnière au 1/10/48 », 14 octobre 1948. Ainsi, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’était pas rare qu’un certain nombre de prisonniers jouissent d’une certaine liberté, et ce dès 1945. Archives nationales contemporaines de Fontainebleau (archive citée par Grégory Philippe), 770623/84, Note de service du ministre des forces armées, « Frais de transport des PG », 14 juin 1948. Autrement dit, pour Maurice Halbwachs, la mémoire – même celle d’un individu – est portée par un groupe[513]. À l'instar des commandos miniers, un homme de confiance [en français dans le texte] représente les prisonniers allemands auprès de la direction. On peut supposer que les Directions Régionales de Prisonniers de Guerre Allemands étaient ensuite chargées d'identifier les criminels de guerre parmi les PG dont elles avaient la charge, en s'appuyant sur les listes de suspects que lui remettait ce Service de Recherche. Aussi, la guerre finie, les Alliés revoient leur politique : les prisonniers pronazis sont empêchés d’exercer toute ascendant moral, les insignes nazies sont bannies et des films ayant pour objet l’horreur concentrationnaire sont projetés. Ainsi le groupe de notre témoin déminera successivement les secteurs « N » puis « X ». Même les restes du manger des soldats des États-Unis ne pouvaient pas être partagés, mais devaient être brûlés par les soldats »[113]. Beaucoup de camarades se sont laissés prendre et j’ai presque envie de me joindre à eux, mais un camarade plus âgé que moi me le déconseille et je reste »[238]. Pour toutes ces raisons, la réinsertion dans la nouvelle société allemande – à l’Ouest comme à l’Est – a été difficile. Nombreux sont les exemples retrouvés dans les archives. « Les narrations des uns et des autres ne [pouvant] pas coexister sans s’influencer ou, plus précisément, sans se reconfigurer les unes les autres »[521] et « l’indenté individuelle se [construisant] en même temps que la [nouvelle] relation à autrui et à travers elle »[522], on comprend mieux pourquoi le groupe hétérogène et disloqué d’anciens prisonniers désireux de se fondre dans une nouvelle société et de fait, dans une nouvelle identité, n’ait pas cherché à cultiver le souvenir de l’événement historique. Les Archives départementales du Nord en témoignent d’ailleurs indirectement : si on y retrouve de nombreux rapports ayant trait à la question de l’opinion publique, ceux-ci datent quasiment tous d’avant le début de l’année 1946. Dans ce nouvel ordre mondial, la France n’est désormais plus qu’une puissance de second rang. Preuve en est, au cours des mois suivants, les autorités françaises n’ont de cesse de demander aux Américains la reprise des livraisons, en ne manquant jamais de mettre en avant de supposées améliorations notables en termes de qualité d'accueil. En témoigne le témoignage d’un PG, celui de Théo Kirtz : « Le 13 juillet [1948] c’est la fin de ma captivité. Il faut préciser que la France n’est pas la seule à envisager la possibilité d’employer des prisonniers. et elles conseillent aussi à la France de les affecter en Afrique du Nord. On le voit[style à revoir], en 1945, il n’y a pas une opinion publique véritablement homogène à l’égard des PG. Archives départementales du Nord (Lille) (archive citée Grégory Philippe), Côte 85W49799/49, Rapport destiné au commissaire de la République de Lille, 14 novembre 1947. Il est vrai que les prisonniers de guerre ont été très nombreux lors de la Première Guerre mondiale et qu’il est apparu nécessaire de mettre en place une législation internationale à même de poser clairement les conditions de leur captivité. Tout d’un coup, j’entends un cri : Fais attention ! Au demi-million de Français qui ont perdu la vie, s’ajoutent le traumatisme de l’occupation et à partir de mai 1945, avec le retour massif des déportés, la prise de conscience de l’horreur concentrationnaire. Partant de l’estimation de Philippe Bouté, les prisonniers allemands affectés à l’extraction minière auraient donc pu subvenir jusqu’au quart de la consommation énergétique française totale. Dès juin 1945 l’État-major annonce ne pas pouvoir affecter à la garde des PG plus de 40 000 hommes dont 35 000 « indigènes », autrement dit des soldats appartenant aux troupes de l’empire colonial. Néanmoins, la mise en place du système du « travail libre » en France, système qui a été mis en place avec l’aval de Washington, tend à prouver que les autorités américaines tiennent compte de l’importance de l’enjeu économique que représente, pour la France, la présence de travailleurs allemands, qu’ils soient forcés ou volontaires. On[Qui ?] Archives départementales du Nord (Lille) (archive citée Grégory Philippe), 57W43537/22, courrier du ministre du Travail aux ministres, commissaires de la République et à tous les responsables des PG, 29 septembre 1945. Car, à la différence de la France, il ne sera pas offert aux prisonniers devenus travailleurs la possibilité de faire venir leur famille et moins encore, à terme, de se voir naturalisés. Ces deux lettres devaient aussi figurer sur la « coiffure », la chemise, le caleçon ou le maillot (à l’encre indélébile par exemple)[315]. De fait, dans cette région, un certain nombre de prisonniers logent dans des camps miniers. Exemple parmi d’autres : Johannes Sticker se souvient de n’avoir été qu’une seule fois confronté à l’hostilité xénophobe d’un Français[483] : un sans domicile fixe, engagé comme saisonnier dans l’exploitation agricole où il travaillait, accusa, en présence de ses employeurs, les PG de voler le travail des Français.